L’ABC du plan dialectique matriciel – Chapitre premier

CHAPITRE 1. LE PLAN DIALECTIQUE CLASSIQUE

Le plan dialectique matriciel dont la technique sera enseignée tout au long de cet ouvrage peut être considéré comme une variante de plan dialectique. Cette variante, toutefois, présente plusieurs avantages par rapport au plan dialectique classique, ainsi que nous aurons l’occasion de souligner. Pour bien comprendre le plan dialectique matriciel, il est nécessaire d’avoir au préalable une bonne connaissance du plan dialectique classique. Pour cette raison, je m’attacherai tout d’abord à décrire ce dernier.

Le plan dialectique, dont l’usage est très répandu, constitue un type de plan classique fondé sur le triplet de concepts : thèse-antithèse-synthèse.

these-antithese-synthese À ce stade, il convient de s’intéresser à chacun des composants du plan thèse-antithèse-synthèse. Considérons en premier lieu la thèse. Cette dernière constitue un point de vue exprimé par un auteur. Il s’agit du point de vue sur lequel porte la discussion, et vers lequel la structure du plan se trouve orientée. Par simplification, on peut assimiler ici la thèse à une assertion donnée.

En second lieu, l’antithèse est un point de vue qui se révèle contraire, opposé à celui de la thèse. De même que la thèse, il est utile de réduire l’antithèse, dans un but de simplification, à une assertion. À ce stade, les points de vue exprimés par la thèse et l’antithèse présentent une nature antinomique.

La synthèse enfin constitue la partie du discours où les points de vue antagonistes énoncés dans la thèse et l’antithèse font l’objet d’un dépassement. La synthèse vise ainsi classiquement à surmonter, à s’élever au-delà de l’antinomie existant entre la thèse et l’antithèse et à la surpasser. Pour formuler cela autrement, on peut dire également qu’elle vise à résoudre le problème posé par la contradiction existant entre la thèse et l’antithèse.

Compte tenu du fait que la synthèse, ainsi que cela vient d’être exposé, constitue un stade ultérieur à l’exposé de la thèse et de l’antithèse, qui vise également à en surmonter l’opposition, il est utile de présenter le triplet de concepts thèse-antithèse-synthèse de la manière suivante, qui met davantage en évidence la fonction de chacun des concepts au sein-même de ce triplet, et surtout le rôle de la synthèse, qui est de surmonter l’opposition entre la thèse et l’antithèse :

these-antithese-synthese2

D’une manière générale, on peut préciser que l’intérêt du plan dialectique de type thèseantithèsesynthèse est d’appréhender le double aspect d’un problème ou d’une réalité donnée. En envisageant alternativement un point de vue puis un autre, en considérant successivement la thèse puis l’antithèse, ce type de plan permet d’éviter une vision partielle ou tronquée du problème particulier posé par la thèse. La finalité du plan dialectique classique est ainsi d’appréhender la double nature d’une même réalité et de dépasser la contradiction qui résulte d’une étude préliminaire.

LA DIALECTIQUE CHEZ HEGEL

La structure tripartite thèse-antithèse-synthèse à la base du plan dialectique classique trouve son origine dans l’approche dialectique développée par Hegel. La triple association de concepts sous la forme de thèse-antithèse-synthèse, qui est communément associée au mouvement dialectique de la pensée, a été élaborée à l’origine par Hegel et Marx. Dans ce contexte, la dialectique constitue un processus de raisonnement qui procède par l’énoncé de deux thèses contradictoires ‒ la thèse et l’antithèse ‒ et par leur réconciliation au stade de la synthèse. Pour Hegel1, toute thèse présente en soi une nature incomplète, partielle, qui donne ainsi naissance à son contraire, l’antithèse. Selon Hegel, les contraires présentent, au-delà de la contradiction qui les sous-tend, une nature indissociable. Cette dernière propriété permet ainsi de réaliser leur union finale, à un niveau de la pensée qui se situe au-delà de celui où se manifeste la contradiction. Les contraires présentent ainsi par essence une véritable unité, dont il convient de capturer le principe fécond, permettant ainsi de parvenir, à un niveau supérieur, à une connaissance ultime. Cette dernière phase constitue la synthèse, qui peut ainsi être considérée comme l’étape du raisonnement qui réconcilie véritablement, à un niveau supérieur, la contradiction qui se présente entre la thèse et l’antithèse. La synthèse permet ainsi de surmonter le conflit apparu entre la thèse et l’antithèse, en les unifiant ultérieurement, à partir de la part de vérité contenue dans chacune d’entre elles. Dans le langage courant, l’approche dialectique désigne aussi la méthodologie générale qui permet de surmonter et de résoudre les contradictions. C’est dans cette approche dialectique que le plan classique du type thèse-antithèse-synthèse trouve son origine.

1La pensée de Hegel est ici simplifiée, afin de mieux mettre en évidence la nature du plan dialectique classique. Pour Hegel en effet, le processus ne se limite pas à cela. Car la synthèse ainsi obtenue constitue à son tour une nouvelle thèse, qui elle-même donne lieu à une nouvelle antithèse puis à une nouvelle synthèse, et ainsi de suite

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L’ABC du plan dialectique matriciel

L’« ABC du plan dialectique matriciel » vient de paraître :

L’ouvrage « ABC du plan dialectique matriciel » a pour but de présenter de manière simple, progressive et illustrée une méthodologie créée par l’auteur qui permet de réaliser facilement un plan dialectique matriciel. Il s’agit d’un outil à vocation pratique qui constitue l’application directe de concepts d’essence philosophique. Lorsqu’on en a assimilé les principes, quelques secondes suffisent pour réaliser un plan dialectique matriciel, qui présente un certain nombre d’avantages par rapport au plan dialectique classique du type thèse-antithèse-synthèse. L’élaboration d’un plan dialectique matriciel se révèle utile dans le domaine scolaire, pour la rédaction d’une dissertation ou d’un devoir de philosophie ; dans le domaine parascolaire, pour la rédaction de l’épreuve de sujet d’ordre général des concours ; et plus généralement, pour la rédaction de mémoires, de thèses, de rapports, de compte-rendus, etc. Le plan dialectique matriciel s’applique à des questions ou des sujets du type :
– Discutez l’opinion suivante : « Toute théorie est grise, mais vert et florissant est l’arbre de la vie. » (Goethe)
– Commentez l’assertion suivante : « Comment souffrir que la passion soit mise au même rang que la raison ? » (Sénèque)
L’ouvrage est largement illustré. Des exercices pratiques sont également présentés, avec leurs corrigés.


La version Kindle est également disponible.


L’ouvrage est également en accès libre (les chapitres seront mis en ligne progressivement).

Le plan dialectique: pour une alternative au paradigme

matUn article publié dans Semiotica vol. 146 (1-4), 2003, pages 353-367.

Dans cet article, j’applique la théorie des matrices de concepts développée dans Une classe de concepts (2002) à la technique de conception de plan. En matière de plan dialectique, le paradigme actuel est en effet le plan du type thèse-antithèse-synthèse. Je présente ici un nouveau type de plan dialectique matriciel, qui présente plusieurs avantages par rapport au plan dialectique classique et se propose de constituer une alternative à ce dernier.

Corrigendum: p. 363, l. 18: la prise en compte exhaustive des six concepts d’une même matrice et de les intégrer dans la discussion correspondante.