L’ABC du plan dialectique matriciel – Chapitre onzième

CHAPITRE 11. CORRIGÉS DES EXERCICES

Voici maintenant les corrigés des exercices donnés au chapitre précédent.

CORRIGÉ DE L’EXERCICE 10. 1. RECONSTITUTION DE MATRICE

matrice pour soi-public

matrice comme autres-se distinguer

 

matrice garder-changer

 

matrice objectifs-moyens

 

matrice affranchi-soumettre

 

 

 

CORRIGÉ DE L’EXERCICE 10. 2. PASSAGE DE LA MATRICE AU PLAN DIALECTIQUE MATRICIEL

matrice passion-raison

1. Du point de vue de la passion

1.1 Les dangers du fanatisme

1.2 Les vertus de la passion réalisatrice

2. Du point de vue de la raison

2.1 L’écueil de la tiédeur

2.2 La nécessité de la pondération

3. La nécessaire complémentarité entre passion réalisatrice et pondération

matrice loisir-travail

1. Du point de vue de l’aspiration au loisir

1.1 Les dangers de l’oisiveté

1.2 Les vertus de la disponibilité

2. Du point de vue du goût du travail

2.1 L’écueil de la suractivité

2.2 La nécessité de l’activité réalisatrice

3. La nécessaire complémentarité entre disponibilité et activité réalisatrice

CORRIGÉ DE L’EXERCICE 10.3. COMPLÉTER LA MATRICE, PUIS TRANSFORMER LA MATRICE EN PLAN

matrice epargne-depense

1. Du point de vue de l’épargne

1.1 Le danger de l’avarice

1.2 Les vertus du sens de l’économie

2. Du point de vue de la dépense

2.1 L’écueil de la prodigalité

2.2 La nécessité de la générosité

3. La nécessaire complémentarité entre sens de l’économie et générosité

matrice croyance-doute

1. Du point de vue de la croyance

1.1 Les dangers de la crédulité

1.2 Les vertus de la réceptivité

2. Du point de vue du doute

2.1 L’écueil de l’incroyance systématique

2.2 La nécessité de l’incrédulité

3. La nécessaire complémentarité entre réceptivité et incrédulité

CORRIGÉ DE L’EXERCICE 10. 4. DÉTERMINATION DE THÈSE DUALE

L’optimisme perpétuel est un démultiplicateur de puissance. (Colin Powell)

matrice positif-negatif

 

 

La connaissance des problèmes et des difficultés est un démultiplicateur de puissance. (Colin Powell)

 

La façon la plus sûre d’être broyé et mis de côté, c’est d’être servile. (Jean-Luc Dion)

matrice commandement-obeir

 

La façon la plus sûre d’être anéanti et mis à l’écart, c’est de faire preuve d’autoritarisme.

 

CORRIGÉ DE L’EXERCICE 10.5. PLACER DANS LA MATRICE LE CONCEPT RELATIF À UNE CITATION, PUIS COMPLÉTER LA MATRICE

La clémence ne se commande pas. Elle tombe du ciel comme une pluie douce ; elle fait du bien à celui qui donne et à celui qui reçoit. (Shakespeare)

 

matrice reprimer-pardonner

 

 

CORRIGÉ DE L’EXERCICE 10. 6. PLACEMENT DANS LA MATRICE DU CONCEPT RELATIF À UNE CITATION, COMPLÈTEMENT DE LA MATRICE ET TRANSFORMATION DE CELLE-CI EN PLAN DIALECTIQUE MATRICIEL

Le fanatisme est la  flamme fausse d’un esprit surchauffé. (William Cowper)

matrice passion-raison

1. Du point de vue de la passion

1.1 Les dangers du fanatisme

1.2 Les vertus de la passion réalisatrice

2. Du point de vue de la raison

2.1 L’écueil de la tiédeur

2.2 La nécessité de la pondération

3. La nécessaire complémentarité entre passion réalisatrice et pondération

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POUR ALLER PLUS LOIN AVEC LE PLAN DIALECTIQUE MATRICIEL

Si vous souhaitez étudier davantage les matrices de concepts et leur application au plan dialectique matriciel, vous pouvez également lire les deux articles originaux de l’auteur qui traitent de ces questions :

« Une classe de concepts ». L’article original de l’auteur qui décrit les matrices de concepts. Publié en 2002 dans la revue Semiotica, volume 139, pages 211-226.

« Le plan dialectique : pour une alternative au paradigme ». Un article de l’auteur publié dans la revue Semiotica, volume 146, en 2003, pages 353-367, qui décrit le plan dialectique matriciel

Le site Internet de l’auteur : www.paulfranceschi.com

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BIBLIOGRAPHIE

Floch, J-M. (1985). Quelques concepts fondamentaux en sémiotique générale, Petites mythologies de l’œil et de l’esprit ; pour une sémantique plastique, Hadès-Benjamins, Paris-Amsterdam, 189-207.

Franceschi, Paul. (2002) Une classe de concepts, Semiotica, volume 139, pages 211-226

Franceschi, Paul. (2003) Le plan dialectique: pour une alternative au paradigme, Semiotica, volume 146, pages 353-367.

Franceschi, Paul. (2005) Le problème des relations amour-haine-indifférence, Semiotica, volume 152,pages 251–260.

Greimas, Algirdas J. (1970). Du Sens, Paris, Seuil.

Greimas, Algirdas J. (1977). Elements of a Narrative Grammar. Diacritics, 7, 23-40

Hébert, Louis (2007). Dispositifs pour l’analyse des textes et des images, Limoges, Presses de l’Université de Limoges

Hegel, Georg Wilhelm Friedrich (1812-1816). Wissenschaft der Logik. Science de la logique, trad. Bourgeois, Paris, Aubier Montaigne, 1972.

Hegel, Georg Wilhelm Friedrich (1817). Die Encyclopädie der philosophischen Wissenschaften im Grundrisse. Précis de l’encyclopédie des sciences philosophiques, traduction J. Gibelin. Vrin, Paris, 1978

Titscher, S., Meyer, M., Wodak, R., Vetter, E. (2000). Methods of text and discourse analysis, Londres, Sage.

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CRÉDITS

Les illustrations en images de synthèse de cet ouvrage ont été réalisées par l’auteur à l’aide du logiciel open source Blender.

Les autres illustrations proviennent de Wikimedia Commons.

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AUTRES OUVRAGES DE L’AUTEUR

Introduction à la philosophie analytique

Les enfants d’Eubulide

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L’ABC du plan dialectique matriciel – Chapitre dixième

CHAPITRE 10. EXERCICES

Dans ce qui suit, je m’attacherai à présenter une série d’exercices, destinés à maîtriser la méthode qui conduit à réaliser le plan dialectique matriciel. Ces exercices sont assez variés, et concernent les différentes étapes qui conduisent à la réalisation finale du plan dialectique matriciel. On trouvera ainsi des exercices de reconstitution de matrice, de passage de la matrice au plan, de détermination de thèse duale, etc. Les corrigés de ces exercices sont donnés dans le chapitre suivant.

10.1. RECONSTITUTION DE MATRICE

Voici tout d’abord plusieurs exercices, du plus simple au plus compliqué, qui consistent à compléter les matrices ci-dessous :

ex1

ex2

ex3

ex4

ex5

10.2. PASSAGE DE LA MATRICE AU PLAN DIALECTIQUE MATRICIEL

Voici maintenant une autre série d’exercices, relatifs à l’étape de passage de la matrice au plan.

En fonction de la matrice ci-dessous, complétez le plan dialectique matriciel correspondant :

matrice passion-raison

1. Du point de vue de [____________]

1.1 Les dangers du [____________]

1.2 Les vertus de [____________]

2. Du point de vue de [____________]

2.1 L’écueil de [____________]

2.2 La nécessité de [____________]

3. La nécessaire complémentarité entre [____________] et [__________]

En fonction de la matrice représentée ci-dessous, vous compléterez le plan dialectique matriciel qui lui correspond :

matrice loisir-travail

1. Du point de vue de [____________]

1.1 Les dangers du [____________]

1.2 Les vertus de [____________]

2. Du point de vue de [____________]

2.1 L’écueil de [____________]

2.2 La nécessité de [____________]

3. La nécessaire complémentarité entre [____________] et [__________]

10.3. COMPLÉTER LA MATRICE, PUIS TRANSFORMER LA MATRICE EN PLAN

Voici maintenant une autre série d’exercices, qui combinent les deux précédents. Il s’agit dans une première étape de reconstituer complètement la matrice, puis, dans une seconde étape, de transformer cette dernière en plan dialectique matriciel.

Vous reconstituerez tout d’abord la matrice suivante, puis vous compléterez le plan dialectique matriciel qui lui est associé :

ex6

1. Du point de vue de [____________]

1.1 Les dangers du [____________]

1.2 Les vertus de [____________]

2. Du point de vue de [____________]

2.1 L’écueil de [____________]

2.2 La nécessité de [____________]

3. La nécessaire complémentarité entre [____________] et [__________]

Vous reconstituerez la matrice ci-dessous, puis compléterez le plan dialectique matriciel correspondant :

ex7

1. Du point de vue de [____________]

1.1 Les dangers du [____________]

1.2 Les vertus de [____________]

2. Du point de vue de [____________]

2.1 L’écueil de [____________]

2.2 La nécessité de [____________]

3. La nécessaire complémentarité entre [____________] et [__________]

10.4. DÉTERMINATION DE THÈSE DUALE

Voici maintenant une autre série d’exercices, qui consistent dans la détermination de la thèse duale d’une thèse considérée.

La structure de la citation ci-dessous est un éloge du concept positif d’optimisme. À partir de la matrice correspondante, déterminez le type de thèse duale qui lui est associée et rédigez cette dernière :

matrice positif-negatif

 

La structure de la citation ci-dessous est un blâme du concept négatif de servilité. À partir de la matrice correspondante, déterminez le type de thèse duale qui lui est associée et rédigez cette dernière :

matrice commandement-obeir

10.5. PLACER DANS LA MATRICE LE CONCEPT RELATIF À UNE CITATION, PUIS COMPLÉTER LA MATRICE

Dans ce type d’exercice, il s’agit de placer le concept sur lequel porte une thèse simple dans la matrice correspondante, puis de compléter cette dernière.

À partir de la citation suivante, placez le concept qui en est l’objet dans la matrice correspondante, puis complétez celle-ci :

ex8

10.6. PLACER DANS LA MATRICE LE CONCEPT RELATIF À UNE CITATION, COMPLÉTER LA MATRICE, PUIS TRANSFORMER LA MATRICE EN PLAN DIALECTIQUE MATRICIEL

Il s’agit, avec ce type d’exercice, de réaliser les différentes étapes : placer dans la matrice le concept correspondant à une citation, reconstituer la matrice, et enfin transformer cette dernière en plan.

À partir de la citation ci-dessous, placez le concept dans la matrice correspondante, puis complétez cette dernière :

ex9

1. Du point de vue de [____________]

1.1 Les dangers du [____________]

1.2 Les vertus de [____________]

2. Du point de vue de [____________]

2.1 L’écueil de [____________]

2.2 La nécessité de [____________]

3. La nécessaire complémentarité entre [____________] et [__________]

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L’ABC du plan dialectique matriciel – Chapitre neuvième

CHAPITRE 9. LES AVANTAGES DU PLAN DIALECTIQUE MATRICIEL

Les développements qui précèdent permettent de constater que le plan dialectique matriciel présente un certain nombre d’avantages par rapport au plan dialectique classique. Il est utile à ce stade de s’attacher à détailler ces derniers. En premier lieu, l’approche dialectique qui vient d’être décrite effectue tout d’abord une analyse de la structure de la thèse considérée, qui conduit ensuite à lui attribuer une valeur de cohérence, selon un fondement objectif. Certaines possèdent ainsi un degré de cohérence maximal, intermédiaire ou minimal.

En second lieu, il apparaît que le plan dialectique matriciel conduit à replacer la thèse ou l’assertion principale dans un contexte qui comprend un plus grand nombre de concepts que le plan dialectique classique. En effet, le plan dialectique classique situe habituellement la thèse dans un environnement comprenant en général deux, ou trois concepts au plus. Le plan dialectique matriciel, en revanche, replace la thèse dans un contexte comprenant au total six concepts qui sont liés à cette dernière.

En troisième lieu, un des intérêts du plan dialectique matriciel est qu’il permet également de prendre en compte des concepts qui ne sont pas lexicalisés. En effet, la matrice de concepts décrit six concepts canoniques. Mais il est rare que la totalité de ces derniers soient lexicalisés, c’est-à-dire possèdent un mot correspondant dans le langage courant. En effet, la situation la plus courante est que seuls certains concepts – en général trois ou quatre – parmi les six que décrit la matrice correspondante sont lexicalisés. Ici aussi, l’intérêt du plan dialectique matriciel est de permettre la prise en compte exhaustive des six concepts d’une même matrice et de les intégrer dans la discussion correspondante.

En outre, on peut noter que le stade de l’antithèse au niveau du plan dialectique classique se trouve remplacé ici par la détermination de la thèse duale, qui présente une structure identique à celle de la thèse initiale. La thèse duale, qui sert ici de base au raisonnement dialectique, présente pas sa structure simple ou bien 2-composée une nature plus élaborée que la traditionnelle antithèse.

Enfin, il s’avère que le plan dialectique classique permet de dépasser une antinomie existant entre deux concepts, qui servent respectivement de support à la thèse et à l’antithèse. Avec le plan dialectique matriciel, nous sommes à même de déterminer avec précision de quel type d’antinomie il s’agit. En effet, les oppositions que le plan dialectique matriciel permet de surmonter concernent les paires de concepts suivants :

A0 et Ā0

A+ et Ā

A et Ā+

A et Ā

La première paire de concepts – A0 et Ā0 – est constituée des deux concepts duaux de la matrice. Les deux paires suivantes – A+ et Ā et A et Ā+ – sont les paires de concepts opposés ou antinomiques de la matrice. La plupart du temps, il s’agit d’une paire de concepts qui présentent la propriété d’être lexicalisés. Enfin, la quatrième paire de concepts – A et Ā – correspond à un autre type d’opposition, que nous avons dénommé opposition extrême, qui existe entre les deux concepts négatifs de la matrice : A et Ā, et que la synthèse finale permet également de dépasser. Ainsi, Le plan dialectique matriciel constitue l’expression d’un mouvement dialectique de la pensée qui permet de dépasser non pas une simple, mais une quadruple antinomie.

Il est utile, pour fixer les idées, de présenter un exemple. Soit ainsi la matrice suivante :

matrice synthese-analyse

Les différents types d’oppositions que le plan dialectique matriciel permet de surmonter revêtent ainsi soit la forme de l’opposition entre les concepts duaux A0 et Ā0 :

paire synthese-analyse


soit celle de l’opposition entre les contraires A+ et Ā :

paire ampleur-details

soit celle de l’opposition entre les contraires A et Ā+ :

paire survol-precision

soit enfin celle de l’opposition entre les extrêmes opposés A et Ā :

paire survol-details

On le voit, le plan dialectique matriciel permet de surmonter à la fois ces quatre oppositions.

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L’ABC du plan dialectique matriciel – Chapitre huitième

CHAPITRE 8. LE PLAN DIALECTIQUE MATRICIEL EN TANT QUE RÉPONSE À UNE QUESTION

De ce qui précède, on peut penser que le plan dialectique trouve à s’appliquer exclusivement dans le domaine de l’écrit, en toute occasion où il est nécessaire de construire un plan. Ce n’est pas toutefois parfaitement exact. En effet, le plan dialectique peut également trouver à s’appliquer à l’oral, en réponse notamment à une question. Nous nous attacherons maintenant à montrer comment le plan dialectique matriciel peut également s’appliquer en réponse à certains types de questions.

Du fait de la nature de l’oral, et de la plus grande brièveté de la réponse, nous utiliserons ici une variante simplifiée du plan dialectique matriciel pour fonder la réponse à une telle question. La structure de cette réponse sera non pas celle du plan dialectique matriciel dans son ensemble, mais seulement celle de la troisième partie, consacrée à la synthèse des deux concepts complémentaires.

Il est utile de préciser ici qu’étant donné la nature de l’oral, la réflexion préalable se trouve extrêmement réduite. Par conséquent, ce type de méthode n’est possible qu’à celui qui maîtrise la méthodologie décrite tout au long de cet ouvrage, et qui est suffisamment familier avec les matrices de concepts, pour savoir les identifier à partir d’un concept donné. Cependant, une fois la connaissance de la méthode acquise et un nombre conséquent de matrices connu, il est très aisé d’appliquer cela, y compris aux questions d’oral qu’y s’y prêtent.

Considérons maintenant la question suivante :

La spontanéité est-elle une vertu ?

À ce stade, nous procédons de la manière que pour une question de nature écrite. Nous commençons tout d’abord par reconnaître le concept principal – la « spontanéité » – qui s’analyse en un concept positif, et qui se dénote donc par spontanéité+. La matrice intégrale associée au concept de spontanéité+ est la suivante :

matrice reactions immediates-differees

De là, il résulte la partie 3 du plan dialectique matriciel, qui fait l’alliance entre les concepts A+ et Ā+ de la matrice :

3. La nécessaire complémentarité entre spontanéité+ et calme+

Dès lors, nous pouvons réaliser la réponse à la question, fondée sur la synthèse du plan dialectique matriciel. Une telle réponse peut alors être formulée de la manière suivante :

Très certainement, la spontanéité est une vertu. Mais si dans certaines circonstances, il convient de se montrer spontané, dans d’autres circonstances, il convient aussi de savoir faire preuve de calme et de réflexion.

On le voit, la structure de la réponse, empruntée à la synthèse du plan dialectique matriciel, possède la structure-même de la thèse 2-composée de Napoléon, qui est basée sur l’éloge conjoint des concepts A+ et Ā+ de la matrice, et que nous avons déjà eu l’occasion de rencontrer :

L’art d’être tantôt très audacieux et tantôt très prudent est l’art de réussir. (Napoléon Bonaparte)

UNE AUTRE INSTANCE DE PLAN DIALECTIQUE MATRICIEL EN RÉPONSE À UNE QUESTION

Nous pouvons également donner un autre exemple de réponse à une question d’oral, fondée sur le plan dialectique matriciel. Là aussi, nous baserons cette réponse sur la structure de la synthèse du plan dialectique matriciel, dont la citation de Napoléon constitue un exemple. Considérons ainsi la question suivante :

L’optimisme est-il une qualité ?

La réponse se fonde ici sur la matrice reconstituée, à partir du concept positif d’« optimisme », qui est la suivante :

matrice avantages-inconvenients

Ce qui permet de construire la partie 3 du plan dialectique matriciel, de la manière suivante :

3. La nécessaire complémentarité entre optimisme+ et connaissance des problèmes+

De là, nous pouvons finalement construire la réponse à la question, basée sur la synthèse du plan dialectique matriciel. Cette dernière peut être ainsi formulée :

Oui, certainement, l’optimisme est une qualité. Mais si l’optimisme s’avère nécessaire dans certaines circonstances, il convient à d’autres moments de se montrer averti et de faire preuve d’une réelle connaissance des problèmes et des difficultés.

UNE AUTRE INSTANCE DE PLAN MATRICIEL DIALECTIQUE EN RÉPONSE À UNE QUESTION

Les questions que nous avons envisagées jusqu’à présent présentaient toutes deux la structure de l’éloge d’un concept positif. Il s’agissait respectivement de l’éloge de la spontanéité+ et de l’éloge de l’optimisme+, présentés sous forme de question. Nous allons maintenant considérer des questions qui présentent une structure différente, et qui se présentent en particulier sous la forme du blâme d’un concept négatif. Considérons ainsi :

Le conservatisme est-il une vertu ?

La structure de la question étant différente, elle conduit ici à formuler la réponse de manière quelque peu différente. Car même si la réponse se conclura finalement par la synthèse des concepts complémentaires de la matrice associée, on se doit auparavant de répondre précisément à la question posée. Pour cela, nous procédons de même que précédemment, en reconstituant préalablement la totalité la matrice correspondante, à partir du concept à connotation négative de « conservatisme » :

matrice changement-maintien

De là, nous élaborons la partie 3 du plan dialectique matriciel, de la façon suivante :

3. La nécessaire complémentarité entre aptitude à la modernisation+ et préservation des acquis du passé+

Et ceci conduit à formuler la réponse de la manière suivante :

Le conservatisme ne peut être considéré comme une vertu, car il s’agit d’une notion qui présente une connotation négative. C’est véritablement la préservation des acquis du passé qui constitue une vertu. Mais celle-ci ne doit pas être exclusive, lorsque les circonstances l’exigent, de l’aptitude à la modernisation.

On le voit ici, la façon de traiter une telle question s’avère ici quelque peu différente. Car la structure de cette question est celle de l’éloge – présenté sous forme de question – d’un concept négatif, celui de conservatisme. Une telle structure, nous avons déjà eu l’occasion de le mentionner, présente un degré maximal d’incohérence. C’est pour cette raison que la réponse à la question est plus longue, car il est nécessaire de s’attacher tout d’abord, à faire apparaître cette incohérence, et à la remplacer par une assertion cohérente. Cette dernière réside ici dans l’éloge du concept positif de préservation des acquis du passé+. Ce n’est qu’ensuite que l’on peut présenter, comme dans les cas précédents, la synthèse de nature dialectique qui est constituée de l’union des deux concepts complémentaires de la matrice.

UNE AUTRE INSTANCE DE PLAN MATRICIEL DIALECTIQUE EN RÉPONSE À UNE QUESTION

Afin d’être le plus complet possible, nous nous attacherons à présenter ici une question qui présente un autre type de structure : le blâme d’un concept négatif. Une telle structure, on le sait, présente un degré maximal de cohérence. Considérons ainsi la question suivante :

L’inhibition n’est-elle qu’un défaut ?

Le concept central, on le voit, est ici celui d’« inhibition ». Un telle notion présente une nuance péjorative, et nous pouvons donc la dénoter par inhibition. La structure de la question est bien celle du blâme d’un concept négatif, présenté sous la forme interrogative. En outre, la formulation « n’est-elle que… » invite à la discussion, et à étendre cette dernière à d’autres concepts. Dans ce contexte, la matrice reconstituée est la suivante :

matrice interiorisation-exteriorisation

À partir de là, nous pouvons élaborer la partie 3 du plan dialectique matriciel, par synthèse des concepts complémentaires, de la manière suivante :

3. La nécessaire complémentarité entre aptitude à la réflexion+ et sociabilité+

Et ceci conduit à formuler la réponse de la manière suivante :

Oui, l’inhibition est un défaut. Mais il est parfois nécessaire de faire preuve de la qualité qui lui correspond et qui consiste dans la retenue et la capacité de réflexion. Et ceci n’exclut pas qu’à d’autres moments, on sache faire preuve de sociabilité.

On le voit, un telle réponse comporte en premier lieu, la réponse à la question posée, puis les éléments de discussion qui portent sur les concepts qui sont directement liés au concept central d’inhibition. Et enfin pour conclure, la synthèse de nature dialectique procède par union des deux concepts complémentaires associés.

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L’ABC du plan dialectique matriciel – Chapitre septième

CHAPITRE 7. LES THÈSES DUALES

À ce stade, il convient de s’intéresser à la notion de thèse duale d’une thèse donnée. Cette dernière notion s’applique à la fois aux thèses simples et aux thèses composées. La thèse duale constitue ici un élément de la discussion dialectique, qui se révèle importante, car elle sert de fondement à la discussion relative à la thèse considérée. Il s’agit en effet de l’équivalent de l’antithèse dans le plan dialectique classique. La thèse duale consiste ainsi en une thèse, qui présente une structure identique à celle de l’assertion formulée par l’auteur, mais qui énonce un point de vue de nature opposée. Dans ce qui suit, nous nous attacherons à détailler la structure-même des thèses duales, en distinguant entre les thèses duales des thèses simples, et celles des thèses composées.

LA THÈSE DUALE D’UNE THÈSE SIMPLE

Nous nous intéresserons tout d’abord, aux thèses duales des thèses simples. Commençons par en donner une définition générale. De manière générale, une thèse simple présente la structure qui est celle d’une appréciation, formulée par rapport à un concept donné d’une matrice. En théorie, une telle appréciation peut être positive, neutre ou bien négative. Cependant, ainsi que nous l’avons vu, on rencontre en pratique essentiellement des appréciations positives ou négatives.

Nous nous attacherons tout d’abord à formuler une définition générale de la thèse duale d’une thèse simple, avant de considérer plusieurs exemples concrets, qui permettront d’illustrer les idées. Considérons tout d’abord le cas des thèses simples dont la structure est tout à fait cohérente, et qui consistent donc dans l’éloge d’une notion positive, ou bien dans le blâme d’une notion négative. Nous pouvons énumérer les différents cas qui correspondent à de telles thèses simples. Il s’agit de :

éloge de A+

éloge de Ā+

blâme de A

blâme de Ā

Nous pouvons maintenant définir la notion de thèse duale : il s’agit d’une appréciation de même nature que la thèse originale, mais appliquée au concept correspondant de l’autre demi-matrice. Ceci nous amène à conclure que :

l’éloge de Ā+ est la thèse duale de l’éloge de A+

et réciproquement :

l’éloge de A+ est la thèse duale de l’éloge de Ā+

Et de manière identique :

le blâme de Ā est la thèse duale du blâme de A

et réciproquement :

le blâme de A est la thèse duale du blâme de Ā

À ce stade, il convient de donner quelques exemples de thèses duales de thèses simples. Considérons ainsi la thèse simple suivante :

Quoi que tu rêves d’entreprendre, commence-le. L’audace a du génie, du pouvoir, de la magie. (Goethe)

qui présente la structure d’un éloge du concept positif d’audace, que nous dénotons donc par audace+. Nous avons déjà eu l’occasion de rencontrer la matrice associée au concept d’audace+, qui est la suivante :

matrice prise risques-eviter risques

Compte tenu de la définition précédente, étant donné le fait que la citation de Goethe présente la structure d’un éloge de A+, nous savons que la thèse duale possède la structure d’un éloge du concept correspondant à A+ dans l’autre demi-matrice, c’est-à-dire de Ā+. Cette dernière thèse consiste donc en un éloge de la prudence+.

À titre d’exemple, la citation suivante présente une telle structure :

La prudence surpasse les autres vertus comme la vue surpasse les autres sens. (Bion de Phlossa)

En effet, l’usage des termes « surpasse les autres vertus », appliquée à la prudence, est la signature d’un éloge. Cette dernière assertion constitue donc la thèse duale de celle de Goethe.

Nous nous sommes intéressés jusqu’à présent aux thèses duales des thèses simples qui présentent un degré maximal de cohérence, et qui présentent ainsi la structure de l’éloge d’un concept positif, ou du blâme d’un concept négatif. Cependant, il convient également de considérer les thèses duales des thèses simples qui, à l’inverse, présentent un degré minimal de cohérence. Il s’agit ainsi des thèses simples du type suivant :

éloge de A

éloge de Ā

blâme de A+

blâme de Ā+

Et ainsi :

l’éloge de Ā est la thèse duale de l’éloge de A

et réciproquement :

l’éloge de A est la thèse duale de l’éloge de Ā

Et de manière identique :

le blâme de Ā+ est la thèse duale du blâme de A+

et réciproquement :

le blâme de A+ est la thèse duale du blâme de Ā+

Afin d’être complet, nous mentionnerons également un type de thèses simples qui présentent un degré moindre d’incohérence que les précédentes, et qui consistent en un éloge ou un blâme formulé par rapport à un concept neutre. Du fait de cette moindre incohérence, de telles appréciations se rencontrent plus fréquemment. Il s’agit ainsi des thèses simples du type suivant :

éloge de A0

éloge de Ā0

blâme de A0

blâme de Ā0

Et ainsi :

l’éloge de Ā0 est la thèse duale de l’éloge de A0

et réciproquement :

l’éloge de A0 est la thèse duale de l’éloge de Ā0

Et de manière identique :

le blâme de Ā0 est la thèse duale du blâme de A0

et réciproquement :

le blâme de A0 est la thèse duale du blâme de Ā0

Nous pouvons ici donner un exemple. Soit ainsi la thèse simple suivante :

La passion est une maladie qui exècre toute médication. (Kant)

Dans une telle assertion, l’usage des termes « est une maladie », appliquée au concept de passion, matérialise un blâme. Aussi, cette dernière citation s’analyse-t-elle en un blâme du concept neutre de passion0.

Nous pouvons également replacer le concept de passion0 dans la matrice correspondante, de la manière suivante :

matrice passion-raison

Comme nous l’avons vu, la citation de Kant présente la structure d’un blâme du concept neutre A0. Aussi la thèse duale consiste-t-elle dans le blâme du concept Ā0, soit le blâme de la raison0. La citation suivante présente une telle structure :

Si la raison dominait sur la terre, il ne s’y passerait rien. (Bernard Fontenelle)

En effet, l’usage des termes « il ne s’y passerait rien » dénote une appréciation péjorative et est constitutif d’un blâme, appliqué au concept de raison. S’agissant ici du blâme du concept Ā0, soit le blâme de la raison0, une telle assertion constitue donc la thèse duale de la thèse précédente de Kant.

LES THÈSES DUALES DES THÈSES COMPOSÉES

Nous nous sommes intéressés, jusqu’à présent, aux thèses duales des thèses simples. Il convient maintenant de s’intéresser aux thèses duales des thèses composées. Une thèse 2-composée, rappelons-le, correspond à une assertion qui comporte deux thèses simples. Ainsi que nous l’avons vu précédemment, il existe différents cas de thèses 2-composées. Nous nous intéresserons ici, toutefois, aux thèses 2-composées qui présentent un degré maximal de cohérence, et qui sont donc composées d’éloges de concepts positifs et/ou de blâmes de concepts négatifs. Plusieurs cas sont ainsi possibles, selon que la thèse 2-composée se compose de :

l’éloge de A+ et l’éloge de Ā+

le blâme de A et le blâme de Ā

l’éloge de A+ et le blâme de A

l’éloge de A+ et le blâme de Ā

le blâme de A et l’éloge de A+

le blâme de A et l’éloge de Ā+

On peut observer ici que deux cas sont particulièrement fréquents :

l’éloge de A+ et le blâme de Ā

le blâme de A et l’éloge de Ā+

Ces types de thèses 2-composées se rencontrent fréquemment, car A+ et Ā sont des contraires, de même que A et Ā+. Les thèses composées qui présentent cette structure sont en effet particulièrement cohérentes, car elles font l’éloge d’une chose et blâment son contraire.

UNE INSTANCE DE THÈSE DUALE D’UNE THÈSE COMPOSÉE : GOETHE

À ce stade, il apparaît utile de donner quelques exemples. Considérons tout d’abord la thèse 2-composée qui correspond à l’assertion suivante :

Toute théorie est grise, mais vert et florissant est l’arbre de la vie. (Goethe)

La thèse 2-composée qui sous-tend l’assertion de Goethe, ainsi que nous avons déjà eu l’occasion de le voir, consiste dans la conjonction de deux thèses simples : d’une part, le blâme de la théorie0 (« toute théorie est grise »), et d’autre part, l’éloge du sens concret+ (« vert et florissant est l’arbre de la vie »). Aussi cette thèse composée qui constitue la structure-même de l’assertion de Goethe comporte-t-elle à la fois le blâme de la théorie0 et l’éloge du pragmatisme+.

En outre, la matrice reconstituée qui correspond à cette thèse composée est la suivante :

matrice theorie-pratique

À ce stade, nous sommes en mesure de définir la thèse duale qui lui correspond. Cette dernière se compose des thèses duales respectives des deux thèses simples qui la composent. Les deux thèses simples que comporte l’assertion de Goethe sont le blâme de la théorie0 et l’éloge du pragmatisme+. Par conséquent, la thèse duale consiste dans une thèse 2-composée qui présente la structure du blâme de Ā0 et d’autre part de l’éloge de A+, c’est-à-dire du blâme de l’intérêt pour la pratique0 et de l’éloge de la capacité d’abstraction+. L’assertion suivante correspond à cette thèse duale de celle de Goethe :

Toute pratique est vile, mais féconde et élevée est la quête de l’abstraction véritable.

UNE AUTRE INSTANCE DE THÈSE DUALE D’UNE THÈSE COMPOSÉE : PASCAL

Considérons maintenant un nouvel exemple, qui présente une structure différente et qui à ce titre, mérite que l’on s’y intéresse. Soit donc cette autre thèse 2-composée, qui résulte de l’assertion suivante :

Deux excès: exclure la raison, n’admettre que la raison. (Pascal, Les Pensées)

Cette thèse 2-composée qui constitue la structure de l’assertion de Pascal, comme nous avons déjà eu l’occasion de le voir, consiste dans la conjonction de deux thèses simples : d’une part, le blâme de l’irrationalité (« exclure la raison ») et d’autre part, le blâme de l’hyper-rationalisme (« n’admettre que la raison »). Cette citation de Pascal présente ainsi la structure d’une thèse 2-composée.

Nous pouvons, à ce stade, replacer les deux concepts correspondants – l’irrationalité et l’hyper-rationalisme au sein de la matrice, ainsi que le concept neutre de raison0, qui est également mentionné :

matrice part irrationalite 4

On le voit, la thèse 2-composée qui constitue la structure-même de l’assertion de Pascal comporte le blâme de A et le blâme de Ā.

Enfin, la matrice correspondante, une fois reconstituée, est la suivante :

matrice inspiration-raison

Nous sommes à même, à ce stade, de définir la thèse duale qui correspond à l’assertion de Pascal. Cette dernière présente la même structure que la thèse 2-composée originale, mais les concepts correspondants se rapportent cette fois à l’autre demi-matrice. La thèse 2-composée de Pascal comportant le blâme de A et le blâme de Ā, la thèse duale comporte donc le blâme de Ā et le blâme de A. Mais on le voit, il s’agit ici de la même thèse 2-composée que celle qui sous-tend la citation de Pascal, à cette différence près que les deux thèses simples qui la composent se présentent dans un ordre différent. Cependant, il n’y a pas de différence, du point de vue du sens, entre les deux thèses 2-composées. Aussi, nous pouvons constater que l’assertion de Pascal est ici également sa propre thèse duale. Tel est aussi le cas pour toutes les thèses 2-composées qui présentent la structure suivante :

blâme de A et blâme de Ā

éloge de A+ et éloge de Ā+

UNE NOUVELLE INSTANCE DE THÈSE DUALE D’UNE THÈSE COMPOSÉE : NAPOLÉON

Nous considérerons maintenant un autre exemple de thèse 2-composée, qui présente également une structure différente. Soit donc cette autre thèse 2-composée, qui résulte de l’assertion suivante, que l’on doit à Napoléon :

L’art d’être tantôt très audacieux et tantôt très prudent est l’art de réussir. (Napoléon Bonaparte)

La thèse 2-composée qui constitue la structure de l’assertion de Napoléon, ainsi que nous avons déjà eu l’occasion de le voir, se compose en fait de deux assertions, séparées par la conjonction « et » et la structure « tantôt … tantôt ». La première assertion consiste en « l’art d’être (…) très audacieux (…) est l’art de réussir », alors que la seconde est « l’art d’être (…) très prudent (…) est l’art de réussir ». Ainsi, la thèse 2-composée correspondante s’analyse-t-elle en un éloge de l’audace+ et un éloge de la prudence+.

Nous pouvons, à ce stade, replacer les deux concepts correspondants dans la matrice associée :

matrice part audace 4

Il nous reste également à compléter cette dernière, de la façon suivante :

matrice prise risques-eviter risques

On le voit, la structure de la thèse 2-composée qui sous-tend la citation de Napoléon est celle d’un éloge de A+ et d’un éloge de Ā+. Ceci nous permet de déterminer la structure de la thèse duale correspondante, sachant que la structure de cette dernière est identique, mais que les concepts sont ceux de l’autre demi-matrice. Il s’agit donc de l’éloge de Ā+ et de l’éloge de A+. Cependant, de même que précédemment, on constate ici que les concepts sont les mêmes que ceux sur lesquels porte la thèse 2-composée originale, mais que seul l’ordre diffère. Ainsi, on n’a pas non plus ici de différence sémantique. Par conséquent, de même que précédemment, l’assertion de Napoléon constitue également sa propre thèse duale.

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INTRODUCTION – CHAPITRE 1 – CHAPITRE 2 – CHAPITRE 3 – CHAPITRE 4CHAPITRE 5 – CHAPITRE 6CHAPITRE 7CHAPITRE 8CHAPITRE 9CHAPITRE 10CHAPITRE 11

L’ABC du plan dialectique matriciel – Chapitre sixième

CHAPITRE 6. LES THÈSES MATRICIELLES COMPOSÉES

Nous nous sommes intéressés jusqu’à présent aux thèses simples, c’est-à-dire à celles qui comportent une appréciation vis-à-vis d’un seul concept d’une matrice donnée. Il convient maintenant de considérer les thèses composées, c’est-à-dire les thèses qui comportent des appréciations relatives à plusieurs concepts d’une même matrice. Une thèse composée peut s’assimiler, de manière générale, à la conjonction de plusieurs thèses simples. Une thèse composée peut ainsi comporter des appréciations relatives à deux, trois… concepts différents. On utilisera le terme de thèse 2-composée lorsque cette dernière porte sur deux concepts d’une même matrice. Et de même, on pourra parler de thèse 3-composée lorsque celle-ci se rapporte à trois concepts différents d’une matrice donnée, etc. Dans la pratique, cependant, on rencontrera essentiellement des thèses 2-composées, c’est-à-dire à des thèses portant sur deux concepts d’une même matrice, et c’est à ces dernières que nous allons maintenant nous intéresser.

UNE INSTANCE DE THÈSE MATRICIELLE COMPOSÉE : GOETHE

Les thèses 2-composées comportent des appréciations relatives à deux concepts d’une même matrice. La phrase suivante, que l’on doit à Goethe, constitue ainsi un exemple de thèse 2-composée :

Toute théorie est grise, mais vert et florissant est l’arbre de la vie. (Goethe)

Cette thèse 2-composée comporte deux assertions distinctes, qui sont séparées par la conjonction « mais ». La première assertion consiste en « toute théorie est grise », alors que la seconde réside dans « vert et florissant est l’arbre de la vie ». Nous pouvons maintenant appliquer à chacune de ces deux assertions ce que nous savons des thèses simples. La première assertion, aux termes de laquelle « toute théorie est grise » consiste en un blâme du concept de théorie, car ceci résulte de l’utilisation des termes péjoratifs « est grise », appliqués à la notion de théorie. Nous pouvons considérer ce dernier terme comme neutre, puisqu’il s’oppose à la pratique, et le dénoter ainsi par théorie0.

La seconde assertion dont se compose la citation de Goethe est la suivante : « vert et florissant est l’arbre de la vie ». Une telle assertion s’analyse en un éloge du concept d’« arbre de la vie », qui replacé dans le contexte de l’opposition à la théorie0, est celui de vie pratique, concrète, de réalité vivante, opposée aux choses trop abstraites, désincarnées. L’éloge en effet est ici matérialisé par l’usage de la formule valorisante « vert et florissant est ». Ainsi cette seconde assertion s’analyse-t-elle en un éloge du concept de sens concret+. S’agissant de l’éloge d’un concept positif, le degré de cohérence est ici maximal.

À ce stade, nous sommes en mesure de décrire la structure de la citation de Goethe, qui consiste ainsi dans la conjonction de deux thèses simples : d’une part, le blâme de la théorie0 (« toute théorie est grise »), et d’autre part, l’éloge du sens concret+ (« vert et florissant est l’arbre de la vie »).

Poursuivant maintenant le processus qui doit nous conduire à la réalisation du plan dialectique matriciel, nous disposons désormais de deux concepts, à savoir la théorie0 et le sens concret+, qu’il nous revient donc replacer dans la matrice correspondante, de la manière suivante :

matrice part theorie

Il nous reste maintenant à reconstituer totalement la matrice partielle dont nous disposons. Ceci s’effectue de la manière suivante :

matrice theorie-pratique

La matrice étant complétée, nous transformons directement cette dernière, dans une dernière étape, en plan dialectique matriciel :

1. Du point de vue de l’intérêt pour la théorie0

1.1 L’écueil du dogmatisme

1.2 La nécessité de la capacité d’abstraction+

2. Du point de vue de l’intérêt pour la pratique0

2.1 Les dangers du prosaïsme

2.2 Le besoin du sens concret+

3. La nécessaire complémentarité entre capacité d’abstraction+ et sens concret+

UNE AUTRE INSTANCE DE THÈSE MATRICIELLE COMPOSÉE : NAPOLÉON BONAPARTE

Nous nous intéresserons maintenant à une seconde thèse 2-composée, que recèle la phrase suivante, que l’on doit à Napoléon Bonaparte :

L’art d’être tantôt très audacieux et tantôt très prudent est l’art de réussir. (Napoléon Bonaparte)

Cette thèse 2-composée se compose de deux assertions différentes, qui sont séparées par la conjonction « et » et la structure « tantôt … tantôt ». La première assertion consiste en « l’art d’être (…) très audacieux (…) est l’art de réussir », alors que la seconde est « l’art d’être (…) très prudent (…) est l’art de réussir ». Chacune de ces deux assertions possède la structure d’une thèse simple. La première assertion, aux termes de laquelle « l’art d’être (…) très audacieux (…) est l’art de réussir » consiste en un éloge du concept d’audace, puisque les termes valorisants « est l’art de réussir » se trouvent appliqués à cette dernière notion. Nous pouvons considérer le terme d’audace comme positif, puisqu’il est synonyme de courage, qui s’oppose à la lâcheté, et donc le dénoter par audace+. Ainsi cette première assertion s’analyse-t-elle en un éloge de l’audace+. S’agissant de l’éloge d’un concept positif, le degré de cohérence est ici maximal.

La seconde assertion dont se compose la citation de Napoléon est la suivante : « l’art d’être (…) très prudent (…) est l’art de réussir ». Cette dernière assertion s’analyse en un éloge du concept de prudence, qui résulte de l’usage des termes valorisants « est l’art de réussir ». Le terme de prudence présente lui-même une nuance valorisante et nous pouvons le dénoter par prudence+. Ainsi cette seconde assertion s’analyse-t-elle en un éloge de la prudence+. S’agissant également d’un éloge de concept positif, le degré de cohérence est ici maximal.

À ce stade, nous disposons de deux concepts, à savoir l’audace+ et la prudence+, que nous pouvons replacer dans la matrice correspondante, de la façon suivante :

matrice part audace 5

Dans une étape supplémentaire, il nous reste maintenant à reconstituer totalement la matrice partielle dont nous disposons. Ceci est réalisé de la manière suivante :

matrice prise risques-eviter risques

Et enfin, dans une étape finale, il convient de transformer la matrice en plan dialectique matriciel :

1. Du point de vue de la propension à prendre des risques0

1.1 L’écueil de la témérité

1.2 La nécessité de l’audace+

2. Du point de vue de la propension à éviter les risques0

2.1 Les dangers de la lâcheté

2.2 Le besoin de la prudence+

3. La nécessaire complémentarité entre audace+ et prudence+

UNE AUTRE INSTANCE DE THÈSE MATRICIELLE COMPOSÉE : PASCAL

Considérons maintenant la phrase suivante, due à Pascal, qui constitue également un cas de thèse 2-composée :

Deux excès: exclure la raison, n’admettre que la raison. (Pascal, Les Pensées)

Cette dernière thèse présente une structure qui énonce deux excès. Le qualificatif d’ « excès » s’applique ainsi au fait d’ « exclure la raison » et au fait de « n’admettre que la raison ». Nous pouvons ainsi reformuler, sans perte de sens, la citation de Pascal, en deux assertions distinctes : d’une part, « exclure la raison constitue un excès » et d’autre part, « n’admettre que l a raison est également un excès ». Nous pouvons maintenant appliquer à chacune de ces deux assertions la même méthode que celle qui a été utilisée pour l’analyse des thèses simples. Ainsi, la première assertion (« exclure la raison constitue un excès ») s’analyse en un blâme de l’irrationalité. Et de même, la seconde assertion (« n’admettre que la raison est également un excès ») constitue le blâme de l’hyper-rationalisme. Nous pouvons considérer l’irrationalité et l’hyper-rationalisme comme des concepts comportant une nuance négative, et les dénoter respectivement par irrationalité et hyper-rationalisme. Ainsi, chacune de ces deux assertions s’analyse en un blâme d’un concept négatif, une structure qui possède un degré de cohérence maximal. À ce stade, l’analyse de la structure de la citation de Pascal en tant que thèse 2-composée se trouve achevée.

Il nous reste maintenant à passer à l’étape de reconstitution de la matrice correspondante. Pour cela, nous commençons tout d’abord par replacer les deux concepts dont nous disposons dans la matrice, de la manière suivante :

matrice part irrationalite

Nous nous attachons ensuite à compléter les concepts manquants de la matrice. À partir du concept d’irrationalité, nous pouvons également placer le concept de rationalité+ qui lui est opposé, et qui présente une connotation positive :

matrice part irrationalite 2

Dans une étape suivante, nous nous attachons à placer le concept manquant Ā0, dont nous savons qu’il constitue la notion neutre associée aux concepts d’irrationalité et de rationali+, qui présentent respectivement une connotation négative et positive. Un tel concept correspond à la raison0, qui peut donner lieu à un usage excessif (hyper-rationalisme) ou bien mesuré et positif (rationalité+).

Il reste maintenant à compléter les deux concepts manquants, qui correspondent respectivement à A0 et A+. Les relations entre les concepts d’une même matrice nous fournissent les définitions qui sont associées à ces concepts. Ainsi, A0 est le concept dual de la raison0. Nous pouvons lui associer le concept d’inspiration, que nous dénotons par inspiration0. Et de même, nous pouvons lui associer un concept positif qui s’identifie à l’imagination, que nous dénotons par imagination+. Finalement, ceci nous permet de reconstituer complètement la matrice associée à la thèse 2-composée de Pascal :

matrice inspiration-raison

Enfin, dans une étape finale, il nous reste à transformer la matrice en plan dialectique matriciel, ce qui s’effectue de la manière suivante :

1. Du point de vue de l’inspiration0

1.1 L’écueil de l’irrationalité

1.2 La nécessité de l’imagination+

2. Du point de vue de la raison0

2.1 Les dangers de l’hyper-rationalisme

2.2 Le besoin de rationalité+

3. La nécessaire complémentarité entre imagination+ et rationalité+

UNE INSTANCE DE THÈSE MATRICIELLE COMPOSÉE : SÉNÈQUE

Considérons maintenant cette autre citation, que l’on doit à Sénèque, et qui constitue également un cas de thèse 2-composée :

Comment souffrir que la passion soit mise au même rang que la raison ? (Sénèque)

Cette phrase comporte deux thèses simples, bien qu’il soit moins évident de prime abord de les identifier. On remarque tout d’abord la présence de deux concepts : la passion et la raison. Sénèque considère ici qu’il n’est pas supportable que la passion soit mise au même rang que la raison. Il en résulte que la passion doit être mise à un rang inférieur que la raison. Ceci s’analyse finalement en un blâme de la passion et un éloge de la raison. Nous pouvons considérer comme neutre à la fois la passion et la raison, car chacun de ces concepts admet une notion positive et une notion négative qui lui est associée. Aussi pouvons-nous dénoter ces deux concepts respectivement par passion0 et raison0. Finalement, la citation de Sénèque s’analyse en une thèse 2-composée, qui comporte d’une part le blâme de la passion0 et l’éloge de la raison0. Il apparaît ici que le blâme d’un concept neutre, de même que l’éloge d’un concept neutre, présente un degré faible de cohérence.

L’analyse de la structure de la thèse 2-composée qui sous-tend la citation de Sénèque, étant réalisée, il est maintenant nécessaire de passer à l’étape de reconstitution de la matrice correspondante. Nous commençons par replacer les deux concepts dont nous disposons dans la matrice, de la façon suivante :

matrice part passion

On peut observer en passant que ce dernier type de thèse 2-composée correspond à un cas fréquent, pour des raisons de cohérence interne. Il est en effet logique, du point de vue de la cohérence, lorsqu’on critique ou déprécie telle valeur ou tel concept, de flatter son contraire. Blâmer telle chose revient naturellement à faire l’éloge de son opposé, et inversement. Pour cette raison, les thèses 2-composées qui présentent une structure qui est celle du blâme d’un concept négatif et l’éloge du concept positif opposé d’une même matrice, constituent, parmi toutes les combinaisons possibles de thèses 2-composées, des cas fréquents.

Revenant à la citation de Sénèque, nous nous attachons maintenant à compléter les concepts manquants de la matrice. À partir du concept neutre de passion0, nous déterminons les concepts respectivement positif et négatif qui lui sont associés. La passion, dans un sens positif, est réalisatrice, et nous dénotons ainsi passion réalisatrice+. Et dans un sens négatif, la passion correspond au fanatisme, que nous dénotons fanatisme. Nous complétons ainsi la matrice avec ces deux nouveaux concepts :

matrice part passion 2

Il nous reste encore à déterminer les deux concepts manquants, qui correspondent respectivement au concept positif et négatif associés au concept neutre de raison0. Le concept positif associé à la raison0 est celui de pondération, que nous dénotons par pondération+. Et de même, le concept négatif associé à la raison0 est celui de tiédeur, que nous dénotons par tiédeur. La matrice finalement complétée est alors la suivante :

matrice passion-raison

Dans une étape finale, il nous revient maintenant de transformer la matrice en plan dialectique matriciel :

1. Du point de vue de la passion0

1.1 Les dangers du fanatisme

1.2 Les vertus de la passion réalisatrice+

2. Du point de vue de la raison0

2.1 L’écueil de la tiédeur

2.2 La nécessité de la pondération+

3. La nécessaire complémentarité entre passion réalisatrice+ et pondération+

L’analyse de la thèse 2-composée de Sénèque constitue également l’occasion de formuler plusieurs considérations relatives au degré de cohérence des thèses 2-composées. Ce degré de cohérence, d’une manière générale, se détermine de la même manière que pour les thèses simples. Le degré de cohérence d’une thèse 2-composée est ainsi maximal si le degré de cohérence de chacune de ses deux thèses simples est maximal. Par exemple, le degré de cohérence d’une thèse composée d’un éloge d’un concept positif et du blâme d’un concept négatif, est maximal.

On peut observer ici que les types les plus courants de thèses 2-composées sont ceux dont le degré de cohérence est maximal. En effet, dans ce cas, le degré de cohérence de chacune des deux thèses simples contenues dans la thèse composée est maximal et dans ce cas particulier, les deux assertions se renforcent et créent la cohérence interne de la thèse composée en question.

De la même manière, le degré de cohérence d’une thèse 2-composée est minimal si le degré de cohérence de chacune de ses deux thèses simples est minimal. Ainsi, par exemple, le degré de cohérence d’une thèse composée d’un éloge d’un concept négatif et du blâme d’un concept positif, est minimal.

 

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L’ABC du plan dialectique matriciel – Chapitre cinquième

CHAPITRE 5. LE PLAN DIALECTIQUE MATRICIEL

À ce stade, nous sommes en mesure désormais de présenter le plan dialectique matriciel. Un tel plan résulte directement de la structure de matrice de concepts qui vient d’être décrite :

matrice
La matrice canonique

Le plan dialectique matriciel correspondant présente ainsi la structure suivante, par rapport aux six concepts canoniques d’une même matrice :

1. Du point de vue de A0

1.1 Éloge de A+

1.2 Blâme de A

2. Du point de vue de Ā0

2.1 Éloge de Ā+

2.2 Blâme de Ā

3. Complémentarité entre A+ et Ā+

Nous pouvons donner un exemple de plan dialectique matriciel associé à une matrice donnée. Considérons ainsi la matrice suivante :

matrice neutre -prendre parti

Le plan dialectique matriciel associé à cette matrice est alors le suivant :

1. Du point de vue de la neutralité

1.1 La nécessité de l’objectivité

1.2 Le danger de l’impersonnalité

2. Du point de vue du fait de prendre parti

2.1 Le besoin de l’engagement

2.2 Le risque du parti-pris

3. La nécessaire complémentarité entre l’objectivité et l’engagement

LE PASSAGE DE LA MATRICE AU PLAN DIALECTIQUE MATRICIEL

Nous pouvons maintenant détailler comment s’effectue le passage de la matrice au plan dialectique matriciel. Une telle étape se révèle en effet essentielle dans la réalisation d’un plan dialectique matriciel. Ainsi que nous l’avons déjà mentionné, la structure-même de la matrice recèle déjà la structure du plan dialectique matriciel. Car les différentes parties de ce dernier correspondent aux concepts canoniques de la matrice. La première partie correspond ainsi au point de vue de A0. À l’intérieur de cette première partie, les sous-parties 1.1 et 1.2 sont respectivement associées aux concepts A+ et A de la matrice. De même, la seconde partie correspond au point de vue du pôle opposé Ā0. Et au sein de cette seconde partie, les sous-parties 2.1 et 2.2 sont respectivement associées aux concepts Ā+ et Ā de la matrice. Enfin, la troisième partie du plan dialectique matriciel, qui correspond à la phase de synthèse, met l’accent sur la nécessité de la complémentarité entre les concepts A+ et Ā+. On le voit finalement, la structure-même du plan dialectique matriciel intègre dans ses parties et sous-parties les six concepts canoniques de la matrice, puis y ajoute une étape supplémentaire qui met l’accent sur la complémentarité nécessaire entre les deux concepts positifs associés à la matrice : A+ et Ā+. Cette dernière étape relève véritablement d’un processus dialectique, qui vise à surmonter les différentes contradictions qui résultent des relations d’opposition entre certains des concepts de la matrice.

En outre, à la différence de la dialectique hégélienne, cette étape qui met l’accent sur la complémentarité des deux concepts positifs est terminale, en ce sens que le processus dialectique s’arrête là. Il s’agit là d’un différence importante, notamment avec la dialectique hégélienne, où toute étape nouvelle résultant du processus dialectique en engendre ensuite une nouvelle, et ainsi de suite. Dans la discussion qui résulte du plan dialectique matriciel, la dernière étape de synthèse entre les concepts complémentaires, clôt finalement le processus dialectique.

LES ÉTAPES DU PASSAGE DE LA THÈSE SIMPLE AU PLAN DIALECTIQUE MATRICIEL

Les développements qui précèdent permettent maintenant de décrire les différentes étapes du raisonnement dialectique applicable à l’analyse d’une thèse particulière donnée, à partir des principes qui viennent d’être définis. La première étape consiste, au vu de la citation de l’auteur, dans la détermination précise de la structure de la thèse considérée. Il s’agit là de déterminer tout d’abord quel est le concept matriciable qui fait l’objet de la thèse de l’auteur. Ensuite, il convient de déterminer si l’assertion de l’auteur constitue un blâme ou un éloge. Ceci permet notamment d’attribuer une valeur de cohérence à la citation de l’auteur. L’étape suivante consiste alors dans la reconstitution de la matrice complète applicable au concept qui fait l’objet de la thèse simple. Une fois la matrice reconstituée, l’étape finale consiste à transformer cette dernière en plan dialectique matriciel.

Nous pouvons résumer ainsi ces quatre étapes successives :

détermination du concept qui fait l’objet de la citation

détermination de la nature de l’appréciation : blâme ou éloge

reconstitution de la matrice complète

transformation de la matrice en plan dialectique matriciel

UNE INSTANCE DE PASSAGE DE LA THÈSE SIMPLE AU PLAN DIALECTIQUE MATRICIEL

La méthodologie ayant été définie, il convient maintenant d’étudier quelques exemples. Considérons ainsi la phrase suivante, de Goethe :

L’audace a du génie, du pouvoir, de la magie. (Goethe)

L’auteur formule ici une louange vis-à-vis de l’audace, en lui appliquant les termes laudatifs « a du génie, du pouvoir, de la magie ». On peut considérer ici l’audace comme une notion qui présente une connotation majorative, et qui constitue par conséquent un concept positif. Ainsi l’assertion de Goethe s’analyse-t-elle en un éloge de l’audace+. L’éloge d’un concept positif présente ici un degré maximal de cohérence.

À ce stade, il convient de passer à l’étape suivante, qui consiste dans la reconstitution de la matrice associée. Cette dernière phase présente un caractère spécifique, et il est bon d’en détailler la méthode. Nous commençons par placer le premier concept dont nous disposons – celui d’audace+ – au sein de la matrice correspondante.

matrice part audace

Ce premier concept étant placé, il convient de procéder à la reconstitution complète de la matrice. Nous procédons étape par étape, en partant du premier concept à notre disposition, et des relations de ce dernier avec les autres concepts de la matrice. Ainsi, audace+ de par sa position dans la matrice se trouve être en relation d’antinomie avec le concept Ā de cette même matrice. Ce dernier concept se trouve donc défini comme le contraire de l’audace+. Une telle définition correspond au concept de couardise ou de lâche. Nous plaçons donc ce second concept dans la matrice, de la manière suivante :

matrice part audace 2

À ce stade, munis de la paire de contraires audace+/lâche, nous intégrons également dans la matrice les concepts neutres qui correspondent respectivement à l’audace+ et la lâche. Il s’agit d’une part de la propension à la prise de risques, et d’autres part, de la propension à éviter les risques. La matrice partiellement complétée qui en résulte est alors la suivante :

matrice part audace 3

Il nous reste maintenant à placer au sein de la matrice les deux derniers concepts manquants, qui correspondent respectivement à A et à Ā. La propension à prendre des risques avec excès et à outrance s’assimile à la téméri. Et enfin, la propension à éviter les risques dans un sens positif s’identifie avec la prudence+. Ceci nous permet de compléter finalement la matrice :

matrice prise risques-eviter risques

La matrice étant désormais complète, il ne nous reste plus, dans une dernière étape, qu’à transformer la matrice en plan. Ceci est réalisé, de manière directe, de la façon suivante :

1. Du point de vue de la prise de risques0

1.1 La nécessité de l’audace+

1.2 Les dangers de la témérité

2. Du point de vue de l’évitement des risques0

2.1 Les avantages de la prudence+

2.2 L’écueil de la lâcheté

3. La nécessaire complémentarité entre l’audace+ et la prudence+

 

UNE AUTRE INSTANCE DE PASSAGE DE LA THÈSE SIMPLE AU PLAN DIALECTIQUE MATRICIEL

Considérons maintenant un second exemple. Soit ainsi la phrase suivante, que l’on doit à Bernard Fontenelle :

Si la raison dominait sur la terre, il ne s’y passerait rien. (Bernard Fontenelle)

L’auteur formule ici un blâme vis-à-vis du concept de raison. La nature de blâme de l’appréciation formulée par Fontenelle résulte de l’usage des termes « il ne s’y passerait rien ». D’autre part, on peut considérer ici la raison comme une notion qui présente une connotation neutre, car ce dernier concept est susceptible de se voir associer une notion positive, tout comme une notion négative. Ainsi l’assertion de l’auteur s’analyse-t-elle en un blâme de la raison0. Le blâme, c’est-à-dire une appréciation négative, appliqué à un concept neutre, présente un faible degré de cohérence.

À ce stade, il convient de passer à l’étape suivante, qui consiste à reconstituer la matrice associée. Nous commençons donc par placer le concept de raison0 sur lequel porte l’assertion de Fontenelle dans la matrice, de la manière suivante :

matrice part raison

Ce premier concept étant placé dans la matrice, il nous reste maintenant à compléter cette dernière. Partant du concept à notre disposition, celui de raison0, nous déterminons le concept dual, qui est celui de passion. La nature de ce dernier concept est également neutre, et nous pouvons le dénoter par passion0. Ceci nous permet d’intégrer la paire de concepts duaux au sein de la matrice :

matrice part passion

À ce stade, à partir de la paire duale raison0/passion0, nous nous attachons à placer dans la matrice les concepts qui en sont dérivés. Nous commençons par celui de passion0. La passion poussée à l’extrême s’identifie avec la fanatisme, alors que cette même passion, dans un sens positif correspond à la passion réalisatrice+, à la motivation+ :

matrice part raison 3

Il nous reste maintenant à ajouter les deux concepts manquants. L’usage de la raison0 dans un sens positif, qui est également le contraire du fanatisme+, s’identifie avec la pondération+. Et de même, la raison0 dans un sens négatif et à l’opposé de la passion réalisatrice+, s’identifie avec la tiédeur+. Nous obtenons finalement la matrice complète :

matrice raison-passion


Il ne nous reste plus alors qu’à transformer cette matrice en plan. Finalement, par transformation directe de cette dernière, il en résulte le plan dialectique matriciel suivant :

1. Du point de vue de la raison0

1.1 L’écueil de la tiédeur

1.2 Les avantages de la pondération+

2. Du point de vue de la passion0

2.1 Les dangers du fanatisme

2.2 La nécessité de la passion réalisatrice+

3. La nécessaire complémentarité entre pondération+ et passion réalisatrice+

 

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L’ABC du plan dialectique matriciel – Chapitre quatrième

CHAPITRE 4. LES THÈSES MATRICIELLES SIMPLES

Ainsi que nous l’avons déjà mentionné, le plan matriciel ne prétend pas s’appliquer à toutes les propositions, à toutes les citations sans exception. Il s’avère en revanche très adapté à un certain nombre d’assertions ou de phrases, qui présentent une structure particulière. C’est à ce type de structure que nous allons maintenant nous intéresser. L’avantage du plan dialectique matriciel, une fois qu’on en a assimilé la méthode et que l’on possède un peu de pratique, est qu’il permet d’être conçu et réalisé très rapidement. Pour cela, il convient de savoir reconnaître la structure des phrases ou des propositions auxquelles le plan dialectique matriciel est susceptible de s’appliquer. Pour les besoins de la présente discussion, nous appellerons thèses matricielles les propositions dont la structure est telle qu’elle permet l’application directe d’un plan dialectique matriciel. Il existe ainsi deux types de thèses matricielles :

les thèses matricielles simples

les thèses matricielles composées

Nous étudierons successivement chacun de ces deux types de thèses matricielles. Dans ce chapitre et celui qui suit, nous nous intéresserons aux thèses matricielles simples. En règle générale, une thèse simple présente une structure qui est celle d’une appréciation – le plus souvent négative ou positive – relative à un concept appartenant à une matrice donnée1. Une appréciation négative peut être assimilée à un blâme et une appréciation positive à un éloge.

De fait, les thèses matricielles simples que l’on rencontrera le plus fréquemment présenteront la structure d’un blâme ou d’un éloge. Nous nous intéresserons successivement à chacune de ces deux structures.

UNE INSTANCE DE THÈSE MATRICIELLE SIMPLE : EDGAR POE

Nous commencerons par étudier des thèses simples qui présentent la structure d’un blâme. Il apparaît ainsi qu’un certain nombre de citations ou d’assertions comportent une appréciation dévalorisante, dépréciative, par rapport à un comportement, une manière d’agir ou d’appréhender les choses, une situation donnée. De telles phrases présentent la structure d’un blâme. Nous considérerons, pour fixer les idées, un certain nombre d’exemples.640px-Edgar_Allan_Poe_2

Soit ainsi la phrase suivante, que l’on doit à Edgar Poe :

C’est dans le mépris de l’ambition que doit se trouver l’un des principes essentiels du bonheur sur la terre. (Edgar Poe)

Cette dernière citation s’analyse en une thèse matricielle simple. Edgar Poe, en effet, considère ici le « mépris de l’ambition » comme un principe essentiel qui permet de parvenir au bonheur. Un tel point de vue s’analyse comme un jugement négatif, dépréciatif vis-à-vis de l’ambition. Ceci résulte de l’usage du terme « mépris », qui est appliqué au concept d’ambition. Il s’agit ainsi d’un blâme. A priori, le concept d’ambition peut être considéré comme une notion neutre, notée ambition0. Car on peut considérer qu’il existe une notion positive d’ambition – notée ambition+ – qui correspond à l’ambition réalisatrice, et une notion d’ambition qui est excessive, dévorante, voire démesurée (notée ambition). Ainsi, la thèse d’Edgar Poe mentionnée ci-dessus s’analyse-t-elle finalement en une thèse matricielle simple, présentant une structure qui est celle du blâme du concept neutre d’ambition0.

UNE INSTANCE DE THÈSE MATRICIELLE SIMPLE : ALFRED DE MUSSET


Considérons maintenant une autre instance de thèse simple. Soit ainsi cette autre phrase, formulée par Alfred de Musset :

Amour, fléau du monde, exécrable folie. (Alfred de Musset)Alfred_de_musset

Cette dernière citation s’analyse également en une thèse matricielle simple. Car Musset énonce ici une appréciation très péjorative à l’égard de l’amour, qui résulte de l’usage des termes « fléau du monde ». Il s’agit ainsi d’un blâme. Le concept qui fait l’objet du blâme est celui d’amour, une notion qui présente pourtant dans le langage courant une connotation positive, et que nous pouvons dénoter par amour+. Finalement, il s’avère qu’une telle thèse présente une structure qui est celle d’un blâme du concept positif d’amour+ :

A priori, le blâme d’une notion positive peut paraître surprenant. Pourtant, c’est une structure que l’on rencontre assez souvent dans les citations d’auteurs. Mais nous aurons l’occasion de revenir sur les thèses simples qui présentent des structures de ce type.

UNE INSTANCE DE THÈSE MATRICIELLE SIMPLE : HEGEL

À l’inverse des deux thèses précédentes, on rencontre également fréquemment des thèses qui comportent une appréciation flatteuse, valorisante, par rapport à un comportement, une propension à agir, une situation ou une manière d’appréhender les choses. La structure des assertions correspondantes est alors celle d’un éloge. Considérons pour cela quelques exemples. La phrase suivante, due à Hegel, illustre tout d’abord ce type de structure :

Hegel_(by_Sichling,_after_Sebbers)

Rien de grand ne s’est accompli dans le monde sans passion.(Hegel)

Hegel formule ici une louange vis-à-vis de la passion, considérant ainsi que « rien de grand » n’a pu s’accomplir sans cette dernière. On peut considérer ici la passion comme une notion neutre. En effet, une passion peut se révéler réalisatrice, mais elle peut également s’avérer excessive, destructrice. Un tel point de vue présente ainsi la structure d’un éloge de la passion0. Il s’agit ainsi de l’éloge d’un concept neutre.

UNE INSTANCE DE THÈSE MATRICIELLE SIMPLE : KANT

Considérons maintenant cette autre phrase, que l’on doit à Emmanuel Kant :

Kant-new

La passion est une maladie qui exècre toute médication. (Kant)

Kant formule ici un blâme vis-à-vis de la passion, considérant ainsi que « la passion est une maladie ». La passion, ainsi que nous l’avons vu, peut être considérée ici comme une notion neutre, car une passion peut être réalisatrice ou bien excessive, destructrice. Le point de vue de Kant présente donc la structure d’un blâme de la passion0. La structure de la thèse simple de Kant est donc ici celle du blâme d’un concept neutre.